Urban Living Lab

Plataforma abierta y transdisciplinar de reflexión sobre el territorio, la ciudad y sus ciudadanos.

NOUVELLES RICHESSES [fr-es]| Frédéric Bonnet / Collectif AJAP14

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Il fut un temps où l’Architecture, c’était naturellement l’architecture pour tous, en lien avec l’économie et les évolutions sociales.
Dans un certain sens, Jean-Louis Cohen a témoigné lors de la dernière Biennale de cette énergie politique, de la mobilisation de l’industrie, de la créativité nécessaire pour étendre le plus largement possible les effets de l’architecture. Nous avons été baignés de ce positivisme. Le travail de Gropius et de Taut – des dizaines de milliers de logements, pour tous, à une qualité optimale –, les engagements humanistes d’Alvar Aalto, l’inventivité généreuse de Prouvé, l’extraordinaire bouillonnement sur le logement, encore dominant il y a vingt ans, est notre héritage. Il faut dire qu’il naquit dans un siècle traversé par deux guerres, qui nous laissa, à deux reprises, exsangues et dévastés, où il fallut reconstruire, puis croître, à toute vitesse. Souvenons-nous que la maison Domino de Le Corbusier est une réponse aux désastres des premiers mois de la « Grande Guerre » autour de la frontière belge. Nous étions il y a près d’un siècle dans l’état que les réfugiés d’aujourd’hui ont quitté. Assoupis désormais dans le confort déclinant qui est le nôtre, il faut qu’Aravena nous secoue, et restaure comme une évidence la nécessité de cet engagement passé.

Il faut dire qu’il parle depuis un autre pays, un autre monde, le Chili, un pays immensément prospère de ses ressources, mais où les inégalités entre très riches et très pauvres sont un point de départ, un état des choses, et non pas, comme en Europe, le début d’une longue dégringolade, que chaque jour de la « crise économique   » actuelle confirme : oui, les écarts se creusent, la classe moyenne se fragilise, certains territoires décrochent.

Nous reconnaissons nos engagements dans les propos d’Aravena. Avec une certaine distance : qu’est-ce que la France, dans son pavillon de la Biennale, peut apporter de singulier au débat qu’il appelle de ses vœux ?

Par ces nouvelles du front, en France, nous voulons montrer comment la condition économique qui s’installe durablement – inégalités croissantes, financiarisation, concurrence métropolitaine mondialisée – suscite des organisations nouvelles qui déplacent le sens de la richesse. C’est une approche résolument positive. Nous ne croyons pas au vertige de la concurrence des territoires, nous croyons au contraire qu’il y a partout d’immenses ressources, des complémentarités, des valeurs latentes à mobiliser, révéler, fertiliser.

C’est un des rôles de l’architecture d’aujourd’hui. Les politiques publiques s’étiolent, l’urbanisme contemporain assemble des produits immobiliers dont le relookage façadier peine à masquer la standardisation étriquée et, çà et là, quelques centaines de millions de dollars donnent à deux ou trois grands couturiers de dispendieuses illusions. Nous voulons témoigner de tout le reste, moins visible, émergeant pourtant de partout, sur tous les territoires, et qui révèle des richesses insoupçonnées.

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©Sophie SCHER

ARCHITECTURE ORDINAIRE, TERRITOIRES FAMILIERS

Les « grands projets » exceptionnels, les nouveaux quartiers des grandes villes les plus riches mobilisent en effet l’attention. Ces projets ne sont pas en eux-mêmes un problème : les métropoles portent incontestablement une part importante de l’innovation, quand elles ont la chance d’une gouvernance éclairée et des moyens suffisants à y consacrer. De Jean Nouvel à LAN, de l’île de Nantes à Paris-Batignolles, c’est depuis l’étranger la part visible de l’architecture française. Mais cette focalisation laisse penser que le reste du territoire est abandonné à un développement automatique, à peine réglé par une planification encore immature, où l’architecture serait rare, sans réflexion collective et sans attention. C’est peut-être l’impression que laissent les lotissements résidentiels ou les zones d’activité uniformes.

Nous pensons que tous les territoires, tous les lieux présentent des ressources et des atouts. Des qualités extraordinaires sont latentes, dans tous les sites ordinaires du territoire. Pour peu que l’on y prête attention, qu’on les cultive, qu’on les révèle…

Ceci est vrai pour tous les champs, dont l’économie : à force de répéter que la richesse, liée à la mondialisation, est créée par les grandes métropoles, on ne sait plus que penser des autres lieux, ni même, au sein des métropoles, de ceux qui accueillent, souvent de manière très précaire, tous ceux qui sont exclus des revenus comme de la rente[1].

C’est vrai pour l’architecture : à force de célébrer les « star-architectes » et les projets dispendieux, on oublie que l’architecture apporte des réponses simples, adaptées, partagées et efficaces dans la plupart des situations, plus ordinaires et plus modestes, l’essentiel des lieux où nous habitons, où nous travaillons.

C’est de cela que nous parlons ici.

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©Grichka MARTINETTI

L’ARCHITECTURE INTÉRESSE TOUT LE MONDE

Cela intéresse tout le monde, tous les citoyens, mais aussi tous les métiers.  Montrer la valeur de ces transformations est pour nous un manifeste démocratique : nous devons aborder le monde contemporain comme des acteurs passionnés, engagés, ouverts au débat et à l’action, curieux d’innovations, et non pas, spectateurs fascinés, comme de simples consommateurs d’images.

Des centaines de projets adviennent sur tous les territoires, pour tous les usages.

Sur tous les territoires : les villages et les espaces agricoles et naturels, les banlieues, les communes périurbaines à cheval entre ville et campagne, les interstices oubliés des grandes villes et des métropoles…

Pour tous les usages, dont aucun ne devrait être délaissé par l’architecture : le logement – et en particulier le logement social –, et les équipements que nous fréquentons, mais aussi le commerce, les lieux de travail, les lieux touristiques, dédiés au transport, les infrastructures, la production de l’énergie, la production agricole, les espaces publics. Les lieux de travail, par exemple, ont eu un rôle décisif dans l’histoire de l’architecture : aux sources de la modernité au XVIIIe  siècle, ils ont apporté la légèreté et la modularité du métal au XIXe, la transparence diaphane au seuil du XXe siècle. De la même manière, bien des sujets contemporains sont susceptibles de ressourcer encore l’architecture – et réciproquement.

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©Sophie SCHER

L’ARCHITECTURE EST D’INTÉRÊT PUBLIC

Ces projets sont parfois modestes, tirent leur qualité de leur discrétion, de leur sobriété. Ils ne sont ni gesticulation, ni gabegie, ni emphase, mais donnent avec une juste mesure une solution simple et aimable pour leurs habitants, leurs visiteurs, leurs usagers. Leur « utilité publique » est indéniable, elle ne résulte d’ailleurs pas du seul travail de l’architecte – qui prend sa part de responsabilité – mais d’un travail collectif, d’une intelligence partagée.

Ces projets donnent parfois l’impression d’avoir toujours été là, appuyés sur un savoir-faire séculaire. D’autres changent la donne, refondent les méthodes de conception, de construction. L’architecture émerge ainsi d’un savant dosage entre tradition disciplinaire et innovation.

SUR TOUS LES TERRITOIRES, LES TÉMOINS SONT INNOMBRABLES

Lorsque la petite commune de Bouvron réalise son « pôle enfance » (école, accueil des petits, accueil périscolaire), elle prend le risque de bousculer les codes : les architectes Belenfant et Daubas dessinent une structure métallique unique, légère et économe, inspirée des hangars. L’association La Terre ferme aide ensuite à donner corps à l’école, à partir de brique de terre crue, issue du site : les enfants mettent la main à la pâte, et l’on est surpris de voir un chantier où les élèves eux-mêmes forment une chaîne, se passant des centaines de briques de main en main, et contribuent ainsi à la construction de leur propre lieu. Dans le contexte réglementaire actuel, cette expérience est un miracle salutaire, et l’on pressent le courage qu’il fallut mobiliser –architectes, mais aussi citoyens, élus et entreprises – pour résister à l’habitude.

À Marseille, « entre la prison des Baumettes et le parc national des calanques », l’architecte Yvann Pluskwa dispose dans la pente, entre les « cités » et la multitude des bourgs marseillais, un jeu de plateformes dévolues au sport, à la détente, et pourquoi pas au farniente et à la contemplation : le paysage à la magnificence phocéenne, entre mer et montagne, ne demande qu’à chanter les louanges du lieu. Dans un univers où beaucoup de projet compartimentent, séparent, protègent par des grilles ou des murs, ce projet est un passage, un espace public traversé, partagé par des milliers de voisins qui auraient, sans cela, peu d’occasion de se croiser. Il fallut là encore, sans doute, une grande habileté collective, sans jamais renier la force du dessin des sols et du nivellement, pour offrir ainsi une place contemporaine, réinterprétation heureuse et nourrie des usages d’aujourd’hui et de la diversité culturelle, de la place provençale : l’histoire des métissages continue. On pourrait en dire autant du « futsal » conçu par Cab sur les bords du Paillon près de Nice. Un quartier populaire retrouve un lien ludique avec son milieu naturel, les murs de béton semblent modelés depuis les galets du torrent, les vues s’ouvrent sur les flancs des montagnes de la Turbie.

De nouvelles configurations pour les lieux de production adoptent une urbanité que les « zones d’activité » leur reniaient, comme si le travail, dans ce monde hédoniste où tout est dévolu au plaisir oisif et au shopping itératif, devait s’extraire de la cité, demeurer masqué, mis à distance. Au sud une fois encore, la cité artisanale de Valbonne fut pionnière de ce renouveau, donnant leurs lettres de noblesse au plombier et au maçon. On visite désormais des « ateliers de transformation de légumes bio », dont l’enveloppe tressée par les architectes Mabire et Reich s’expose aux habitants de Saint-Herblain.

Nous avons fait un choix : les exemples que nous venons de citer ne sont pas présentés en détail dans l’exposition. Nous voulions montrer qu’au-delà des quelques projets que nous avons sélectionnés pour cette exposition, une multitude d’expériences adviennent, un peu partout, sur tous les sujets.

De même, les écoles d’architecture ou les architectes-conseils foisonnent d’engagements, d’idées, d’expériences concrètes qui modifient profondément les manières de faire, explorent de nouveaux sujets. En particulier, sur les territoires ruraux et périurbains, mais aussi à propos de l’accueil des populations les plus défavorisées, de la réflexion sur les bidonvilles et la précarité, les écoles d’architecture font un travail remarquable, pionnier.

Changeons les habitudes : parlons de cette richesse incroyable, de ces histoires ordinaires, qui nous intéressent tous. Remettons l’aménagement du territoire, la conception des lieux où nous habitons au cœur du débat public !

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©Grichka MARTINETTI

NOUVELLES RICHESSES

Toutes ces expériences témoignent d’une « nouvelle richesse », dont l’évaluation n’est pas uniquement monétaire. Dans ces projets portés collectivement se jouent des alternatives démocratiques à la mondialisation financière, des échanges d’une autre nature. Ils ne s’opposent pas nécessairement au mainstream de l’économie de l’aménagement, en particulier de ce qui se joue au cœur des métropoles, mais ils le complètent[2], l’accompagnent, et au besoin en nourrissent l’innovation.

Cette nouvelle richesse est faite de ressources locales, d’échanges reconfigurés, de démocratie citoyenne.

DE RESSOURCES LOCALES

On oublie généralement dans l’évaluation des richesses les ressources latentes et actives de certains territoires : l’alimentation, l’eau, les matières premières et l’énergie ne se trouvent pas dans les grandes métropoles. Or, certains projets locaux mobilisent avec utilité et bénéfice ces ressources, parfois au bénéfice des parties les plus riches du territoire. Par exemple, si l’Île-de-France a perdu sa dernière scierie il y a quelques années, alors qu’elle dispose d’un massif forestier, conséquent, il faut qu’elle compte sur la force et l’inventivité des autres régions dès que du bois y est mis en œuvre. Tendon, le petit village des Vosges, dont nous rapportons l’engagement, a ainsi quelque chose à apporter au « Grand Paris ». Ces ressources sont matérielles, naturelles, énergétiques, elles sont aussi humaines : le territoire est un conservatoire vivant des savoir-faire, une source d’invention.

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©Sophie SCHER

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©MYOP

D’ÉCHANGES RECONFIGURÉS

La qualité des échanges dont l’issue est une transformation effective d’un lieu n’est-elle pas, en tant que telle, une richesse ? Nous tirons cette hypothèse du travail de certains économistes, comme André Orléan[3]. La focalisation sur les valeurs financières ne perturbe-t-elle pas notre jugement ? Est-il normal, par exemple, que la pression de la rente et des plus-values foncières, et les effets du « propriétarisme[4] » font vendre, dans les grandes métropoles, des logements au double, voire au quadruple (à Paris) de la valeur effective qui est investie dans leur conception et leur construction ? Le reste étant dévolu à des frais, où la part de risque financier, mais aussi la rente foncière et la simple plus-value immobilière sont majoritaires… Dans les autres territoires, où l’investissement est beaucoup plus proche de la valeur productive engagée sur l’ouvrage, nous pensons que l’essentiel de la plus-value se situe dans les effets des échanges issus du projet. Par exemple cette entreprise impliquée sur le village de Chaliers, qui a bonifié son savoir-faire à la suite du chantier des espaces publics, bonification issue de choix collectifs portés aussi bien par l’architecte que les techniciens et les élus.

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©Grichka MARTINETTI

DE DÉMOCRATIE CITOYENNE

S’il y a une « crise », elle est d’abord politique. Le reste n’est qu’une modification durable de nos conditions d’existence. Mais la crise politique semble bien réelle : nous avons des difficultés à exprimer l’intérêt collectif, à affronter avec sérénité les contradictions issues de toute société saine, et d’en faire un sujet politique, c’est-à-dire de discussion, puis d’arbitrage, avec des règles claires. La mode du « bottom up » est un symptôme, mais nous ne pensons pas qu’elle exclue un plus fort engagement des élus. Toutes les expériences que nous rapportons témoignent de ce triple mouvement : une responsabilisation des acteurs professionnels – qui acceptent, notamment, la part de risque de l’innovation – une participation plus forte des citoyens –jusqu’à l’auto-construction, parfois – et la lisibilité du message politique, de l’intérêt commun, porté par des élus. Cette évolution est aussi une richesse, une « valeur » démocratique. Par les temps qui courent, ce n’est pas rien.

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©MYOP

LE RETOUR DES COMMUNS

Enfin, les expériences rapportées racontent la force des « communs », ce que l’on partage : la fierté d’une histoire, un espace public, l’usage d’un lieu, la conception partagée, les ressources naturelles, les pratiques urbaines, etc. Des communs dont l’usufruit n’a pas forcément un prix, mais dont la valeur d’usage est considérable.

LA RESPONSABILITÉ DE L’ARCHITECTURE: MÉTAMORPHOSES, RENCONTRES, RÉCITS

À sa juste place, ni plus ni moins, l’architecture joue son rôle dans la création de ces nouvelles richesses.

MÉTAMORPHOSES

Dans les dix sites explorés par les photographes du collectif France(s) Territoire Liquide, une métamorphose a lieu, à la fois discrète et profondément refondatrice. Très souvent, elle s’exprime sur une ressource latente : des savoir-faire et des talents présents sur place, un élément de la géographie ou du paysage. De nouveaux usages sont possibles. Le territoire, mine de rien, s’actualise. Et se bonifie : parce que la conception a su être exigeante, attentive, délicate, le site est transfiguré. Cela n’est pas forcément explicite, mais la pratique des lieux, la comparaison entre la perception d’un « avant » et d’un « après » ne trompe personne. On sent bien que quelque chose a changé. Comme avant, mais en mieux…

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©FTL-France Territoires Liquides

RENCONTRES, RÉCITS

Ces métamorphoses forment des récits que chacun peut comprendre. L’architecture participe à l’écriture de récits qui la dépassent, que construisent des dizaines d’autres personnes – élus, citoyens, ouvriers, ingénieurs –. Par la rencontre autour du projet, ces récits nous parlent de questions d’aujourd’hui, de problèmes contemporains. Ils sont optimistes : oui, des solutions sont possibles. Tout est question d’engagement, de précision, d’attention, d’échange.

À Colombes, grande ville de la métropole grand parisienne, un collectif met en place un jardin productif en plein cœur d’un quartier populaire. Plusieurs centaines de personnes s’y retrouvent, le champ urbain devient espace public, lieu de citoyenneté, d’expérience d’un autre mode de vie : plus frugal, sans renoncer à la convivialité et à la solidarité. Ici, le petit devient responsable du grand. La lutte contre le changement climatique est aussi affaire de vie quotidienne, au sein même des cités.

Dans un paysage presque opposé, hissé face au panorama du Puy-de-Dôme, de jeunes architectes défrichent une carrière, et colonisent progressivement ce terrain inconstructible par des cabanes raffinées. Trop souvent bafouée, l’attention au paysage – qui est ici la principale ressource – donne à ce lieu une nouvelle vocation. Les édicules deviennent gîtes, dont les concepteurs sont d’aimables gestionnaires. Un autre tourisme, délicat, léger et ancré, offre une nouvelle vie au hameau.

L’industrie a été, dès Claude-Nicolas Ledoux et les Lumières, le lieu de refondation de l’architecture : légèreté retrouvée au XIXe siècle, parois diaphanes de la modernité des premières années du XXe. L’alignement répétitif de caisses désincarnées n’est pas aujourd’hui une fatalité. Les lieux de production peuvent redevenir fils conducteurs, emblématiques. Une ferme s’installe dans une vallée alpine, accentue le motif fragmenté de son occupation récente, faisant écho à chaque maison.

Héritier des engagements modernistes, les « grands ensembles » ont donné une solution au logement de masse. Controversés, ils demeurent aujourd’hui encore une partie de la solution pour l’habitat, ressource présente et souvent généreuse, pour peu que l’on sache, avec des moyens mesurés, lui donner une seconde vie adaptée aux habitants d’aujourd’hui. Trois tours des Hauts-de-Rouen se métamorphosent sans jamais perdre leur simplicité architecturale, domestiques mais dignes.

Partout, les lotissements pavillonnaires s’étendent, contrepoint de l’habitat chic mais cher des cœurs de métropoles. Consommatrices de sols agricoles et démultiplicatrice de flux, ces maisons constituent pourtant pour beaucoup une solution à prix raisonnable. Sans mépris mais selon un juste décalage, quelques maisonnées modestes groupées à la lisière des marais de Brière près de Saint-Nazaire acclimatent l’habitat individuel à un paysage extraordinaire : efficace, sans hargne pour les voisins.

Un village isolé de la Margeride, dans le Cantal, doit refaire ses réseaux enterrés pour les 30 habitants de son bourg principal. Réenchantant la technique, à rebours des habitudes, le conseil municipal décide d’en profiter pour offrir un nouvel espace public. Presque rien ne change, et tout est bouleversé: avec peu d’effets mais un soin extrême, les maisons du village se retrouvent projetées dans le paysage extraordinaire du méandre de la Truyère. Un enchantement né d’une pelleteuse.

Tous les jours, des millions d’entre nous cabotent de leur maison à leur travail, s’arrêtant en route à l’école, à la piscine ou au supermarché. Ces sauts quotidiens traversent l’étendue plutôt médiocre de routes, giratoires et parkings, du nord au sud, comme si un accueil plus aimable était réservé aux grandes villes. La boulangerie est désormais posée le long d’une route, certes. Mais elle peut aussi, comme à Neuville-sur-Seine, devenir un repère digne, un lieu fort de la mosaïque périurbaine.

La campagne périurbaine mêle les champs, les prairies, les infrastructures et les lotissements. L’agriculture s’inscrit ainsi désormais au sein même de l’activité des villes. Les agriculteurs ne sont plus de lointains producteurs, installés comme dans un autre monde, mais des habitants comme les autres, dont l’activité pourrait – mieux – contribuer à la richesse urbaine. La ferme contemporaine prend une forme hybride, associe à une vie domestique revendiquée le stockage et la production.

Alors que l’Île-de-France – 12 000 000 d’habitants – ne comporte plus aucune scierie, des territoires immensément boisés, comme les Vosges, peinent à développer une filière bois performante pouvant faciliter des édifices plus écologiques. Un village profite là de la construction d’un équipement pour expérimenter des solutions constructives avec le hêtre, qui est la première ressource vosgienne. Le projet fédère les savoir-faire locaux, les affine, les prépare à s’étendre au-delà des limites régionales.

Comment construire en réduisant l’énergie grise ? L’usage de la pierre locale est une piste prometteuse. Mais la nostalgie ne suffit pas : une maçonnerie vernaculaire bon marché et savante ne constitue pas une solution de masse. À Poitiers, une équipe innove avec des entreprises locales, propose des bétons issus des graves proches, ou de la pierre banchée, pour optimiser par l’invention une ressource inépuisable, sobre, qui sans cela se réduirait à quelques touches patrimoniales.

Le logement pour tous fut le combat de plusieurs générations. La question des moyens que l’on doit lui consacrer demeure ouverte, aujourd’hui où des plus-values spéculatives mobilisent l’essentiel de son coût. Redonner du poids à la qualité constructive dans ce bilan est une condition de sa durabilité : un logement mieux construit coûte finalement moins cher à la collectivité, et à chacun. L’effort de certains se focalise sur ce transfert de richesses : moins de spéculation, plus de solidité.

Le dernier point est un apparent contrepoint, mais s’inscrit pourtant dans le même espace politique : l’action publique s’est concentrée sur les classes moyennes, d’ailleurs délaissées aujourd’hui. Mais rien n’est fait pour ceux qui n’ont rien ou très peu, qui n’ont tout simplement pas accès au moindre logement, aux services, à la ville : migrants, roms, personnes les plus fragiles ou sans revenus. L’habitat informel est désigné comme un problème, alors qu’il constitue une partie de la solution à des situations qui adviennent, quoi qu’il arrive. Changer le regard, agir, accompagner est aussi un front.

[crédit photo] Atelier Belenfant&Daubas, architectes – Construction de l’école Félix Leclerc à Bouvron (44)

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©Sophie SCHER

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©Grichka MARTINETT

 

Nouvelles du Front Nouvelles Richesses ?

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[1] Même si nous savons qu’une part de la richesse créée par les métropoles se répartit sur l’ensemble du territoire, soit par le biais des budgets publics et des aides sociales – qui s’amenuisent, soit par une redistribution des revenus et de la rente, comme l’a montré il y a près de dix ans Laurent Davezies dans son ouvrage La République des territoires.

[2] Nous avons noté que plusieurs économistes soutiennent ce parallélisme et cette complémentarité, plutôt que d’opposer des « mondes » qui bénéficient de leur imbrication mutuelle : par exemple, Jean-Louis Lavigne à propos de l’économie sociale et solidaire.

[3] « La valeur n’est pas une propriété objective intrinsèque d’un bien qui préexisterait aux échanges, elle est au contraire créée par ces échanges », cité par Laura Raim dans « Le Krach de la pensée économique », revue « Le crieur »

[4] Cette focalisation est dénoncée notamment par l’économiste Philippe Askenazy, mais aussi Benjamin Coriat dans le livre Le retour des communs, dont il a dirigé la rédaction (ed. LLL Les liens qui libèrent)

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©Grichka Martinetti

NUEVAS RIQUEZAS [es]

Hubo un tiempo en que la arquitectura era concebida como una técnica lógica y natural en relación con la economía y la propia evolución social. En cierto modo, Jean-Louis Cohen se sirvió de la última bienal para dar testimonio de esta energía política, de la movilización de la industria y de la creatividad necesaria para extender de la manera más ancha posible los efectos de la arquitectura. Nosotros nos hemos impregnado por todo este positivismo; el trabajo de Gropius y Taut  (decenas de miles de viviendas  para todos con una calidad óptima), las convicciones humanistas de Alvar Aalto, los posicionamientos de Le Corbusier, y la invención generosa de Prouvé, son el extraordinario caldo de cultivo sobre la vivienda que dominaba hace veinte años y que compone nuestra herencia arquitectónica. Cabe decir que todo esto nació en un siglo que sufrió dos guerras, dejándonos devastados y con la necesidad de reconstruir con toda urgencia, recordando, por ejemplo, que la “maison Domino” nace cómo  respuesta a los desastres de los primeros meses de la Gran Guerra alrededor de la frontera con Bélgica. Hace un siglo, nosotros mismos estábamos en el estado hoy abandonado por los actuales refugiados.

Instalados en la decadente comodidad actual, necesitamos que Aravena nos dé el empujón necesario para restaurar la evidente necesidad de este compromiso vivido en el pasado.

Debemos tener en cuenta que él habla desde otro país, otro mundo, Chile. Un país inmensamente próspero en recursos, en el que las desigualdades entre pobres y ricos son un punto de partida; en Europa, a diferencia de Chile, estas desigualdades representan el principio de una larga decadencia, en la que en el día a día de la actual “crisis económica” se confirma lo siguiente : Sí, las diferencias aumentan, la clase mediana se fragiliza y los territorios se aíslan.

Reconocemos en el ideario de Aravena muchos de los principios que nosotros defendemos, lo que nos lleva a preguntarnos qué singularidad puede aportar Francia con su pabellón que pueda alimentar el debate propuesto en su declaración de principios.

Por medio de Reportando desde el frente, Francia quiere mostrar cómo las condiciones  económicas que se están instalando para perdurar (desigualdades en aumento, financiarización y competencia metropolitana globalizada), suscitan nuevas organizaciones que desplazan el sentido de la riqueza. Se trata de una visión definitivamente optimista en la que rechazamos la competencia vertiginosa entre los territorios en favor de la idea que existen por todas partes una inmensidad de recursos, valores latentes y complementarios que deben ser movilizados, puestos en valor y potenciados.

Este es uno de los papeles principales de la Arquitectura hoy en día; las políticas públicas se debilitan y el urbanismo contemporáneo ensambla productos inmobiliarios en los que el diseño de fachada se encarga de esconder la estandarización de su construcción, factores a los que si sumamos la aportación de unos cientos de millones de dólares, nos encontramos en la situación de estar dando a dos o tres grandes costureros carísimas. Nuestra intención es la de dar testimonio sobre todo el resto, lo menos visible, pero que sin embargo logra emerger por todas partes, en territorios ordinarios, revelándonos riquezas que habían pasado desapercibidas, y que en conjunto hacen brillar con luz propia el conjunto en sí, desde dentro hacía fuera, sin despreciar ningún paso ni elemento a lo largo del camino.

Este es el sentido de nuestro trabajo conjunto, con una candidatura fruto de una feliz coincidencia y con una generación de separación. Cabe decir en este punto que no utilizaremos nuestros proyectos ni insistiremos en una generación para atestiguar todo lo explicado, sino que únicamente trataremos explicar un momento singular de la arquitectura en Francia, por medio de proyectos de otros arquitectos y de otras experiencias que encontraremos a lo largo y ancho de dicho territorio.

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©Grichka Martinetti

NUEVA RIQUEZA, EL VIVERO

En primer lugar, nuestra intención es aseverar la diversidad por medio de fotografías que relataran el estado  actual del territorio, realizadas por el colectivo “France Terres Liquides”, por lo que serán expuestas al visitante como carta de presentación en la primera sala. Dichas imágenes relataran lo que nosotros vemos, los territorios en los que hemos nacido, en los que vivimos, en los que trabajamos o incluso los que simplemente cruzamos, territorios, algunas veces horribles y a menudo banales, pero siempre contemplados con una gran delicadeza que nos permite vislumbrar potenciales extraordinarios en rincones remotos, extraídos en las profundidades de la geografía o incluso en encuentros casuales.

Queremos mostrar cómo de estos lugares emergen maravillas arquitectónicas, no tanto por su arquitectura de gran belleza o espectacularidad, aunque puedan serlo, sino porque son el resultado de una improbable conjunción de energías, de personalidades , de “savoir-faires” y de recursos. Sabemos que este vivero es considerable y esto demuestra que la arquitectura es posible en todas partes, incluso en la diferencia o quizás gracias a ella.

Esta alabanza a la diversidad es también una forma de manifiesto arquitectural, aun teniendo en cuenta la globalidad de estos fenómenos a través de los territorios,  el encuentro con el terreno los convierte en singulares y no permite recetas pre-establecidas.

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©Grichka Martinetti

NUEVA RIQUEZA, LOS ENCUENTROS

La mayor parte de las veces, estas maravillas son resultado de un combate, de una profunda implicación entre diferentes actores, donde el arquitecto no es el único protagonista, dando así sentido a la comunidad, a lo público, al individuo, a la organización del trabajo, a la toma de decisiones, a la visión política. En estos intercambios y en la implicación de personalidades diferentes (Político, carpintero, arquitecto, ciudadano…) es dónde reside la respuesta al “mainstream” económico, y a pesar que pueda parecer extraño, algunos consideran este trabajo colectivo cómo un gran valor y no cómo el fin del rendimiento de la inversión o la progresión infinita del salario.

Seguimos las hipótesis de Pierre Rosanvallon y Dominique Méda, cuándo afirmamos que la arquitectura puede contribuir a fomentar nuevos valores, que no son ni financieros ni directamente cuantificables. La valorización de los recursos de unos y otros, la “creación” de intercambios, el equilibrio entre el sentido colectivo y los placeres individuales, la innovación a menudo fuerte y frugal (por necesidad) son en su conjunto una respuesta a la crisis.

Esta misma respuesta es la que aporta la moderación, la economía y la cohesión social que el “mainstream” no consigue y probablemente no conseguirá nunca ofrecer. En el contexto actual, todo esto restaura la dimensión eminentemente política de la arquitectura. Si realmente existe un frente, estamos convencidos que se trata de este.

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NUEVA RIQUEZA, LA EMOCIÓN

El conjunto de evoluciones indispensables con formas dispares que encontramos por todos y cada uno de los rincones de Francia, no implican necesariamente una renuncia a la arquitectura. La coproducción, la co-construcción la transformación del papel del arquitecto (quién a menudo ocupa el lugar de asistente del cliente, ebanista, ciudadano, asistente en la búsqueda de financiación) así como también la creciente implicación de otras profesiones, todo ello, son factores que en su conjunción fortalecen la arquitectura, así como también fomentan la potencia de la materia, las luces, la generosidad de los espacios y de los recorridos, por lo que podemos afirmar que las evoluciones en el sistema de trabajo, incluso los nuevos métodos de auto-bricolaje, no implican la disolución de la arquitectura en favor del nuevo academicismo del “do it yourself, cheap and fast”.

Por último, queremos también dar testimonio de la exigencia, de la parte “seria” de la profesión,  el verdadero frente, la lucha incluso, se encuentra en el hecho de recurrir a un arquitecto, especialmente preservado en un localismo demasiado evidente. Incluso si los recursos movilizados son a menudo locales, ligados a una situación concreta, con empresas específicas y personalidades muy precisas, la arquitectura habla de otras cosas y no simplemente de estas condiciones, lo que nos lleva a extrapolarnos de ese lugar ocupando una nueva dimensión.

En definitiva, la arquitectura permite el reconocimiento y el intercambio más allá del lugar donde se sitúa, desde Suiza, pasando por China e incluso Chile. Desde hace varias ediciones, España, país completamente inmerso en los vestigios de la corrupción y la especulación bancaria es capaz de asombrarnos con un esfuerzo arquitectónico innegable. En Francia, recogeremos testimonios manifiestos en paisajes ordinarios demasiado olvidados y debatiremos sobre ello.

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©Grichka Martinetti

 

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About Frédéric Bonnet et le Collectif AJAP14

L’agence Obras autour de Frédéric Bonnet et le Collectif AJAP14. se sont rencontrés et réunis autour de ce projet pour le pavillon français de la quinzième biennale d’architecture de Venise. Convaincus qu’un engagement commun serait plus légitime, nous insistons sur la situation architecturale du pays à l’échelle territoriale, une prise de conscience relayée par le riche terreau de tous ceux qui sont engagés dans la construction de notre cadre de vie. La vision est ici commune, celle qu’aucun territoire ne doit être exclu de la réflexion et que cela passe par un renforcement de la qualité des aménagements des territoires ruraux, des campagnes urbaines ou encore des lotissements suburbains, qui en sont généralement privés, ceci en tentant une expérience de travail collaboratif, convaincus que l’architecture peut produire de la richesse en dehors de la logique de concurrence et de croissance économique. Et comme le collectif appelle le collectif, l’équipe s’est élargie avec le concours de MYOP, France(s) Territoire Liquide, les Editions Fourre-Tout, les Ecoles Nationales Supérieures d’Architecture, les Architectes Conseil d’État, les Maisons d’Architecture, les CAUE, les communes ainsi que tous les architectes dont les travaux sont présentés dans la présente exposition, la liste n’étant nullement exhaustive.

2 Comments on “NOUVELLES RICHESSES [fr-es]| Frédéric Bonnet / Collectif AJAP14

  1. Et la première musique de la bande annonce, c’est quoi??

  2. Pingback: NOUVELLES RICHESSES [fr-es]| Fréd&eacute...

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